Du 5 au 8 février Salamanque (Espagne) accueillait le 2e congrès international « Humaniser l'éducation à l'ère numérique », promu par la Chaire Pedro Poveda de l'Université pontificale de Salamanque (UPSA).
Le congrès a soulevé des questions d'actualité telles que l'émergence de l'intelligence artificielle (IA) dans l'éducation, les défis de la numérisation et l'omniprésence de la technologie dans les classes, ainsi que les questions anthropologiques, philosophiques et pédagogiques qui y sont liées, à partir d'une conception humaniste de l'éducation.

La vision que l’Église a de l'IA a également été abordée. En référence au nom de la chaire et pour éclairer ce débat, des clés de la proposition éducative et humaniste de Pedro Poveda ont également été présentées.
Le document final du congrès présente trois défis visant à promouvoir une éducation qui contribue à « l'épanouissement d'une vie authentiquement humaine » à l'heure de l'explosion techno-numérique.
Après la cérémonie d'ouverture solennelle dans l'Aula Magna historique de l'UPSA, le congrès s'est articulé autour de conférences, deux tables rondes et trois panels. Les quelque 180 participants ont pu donner leur avis et contribuer à chaque conférence grâce à un outil numérique mis en place pour l'occasion. Une après-midi a également été consacrée à la présentation de communications.
L’intervention du philosophe Alfredo Marcos, professeur de l'université de Valladolid sur « Humanismes et transhumanismes. Défis philosophiques », a ouvert le débat, en posant ainsi les bases anthropologiques : la personne au centre, la dignité, le bien commun et la recherche des vertus -au-delà des valeurs-, pivots du développement de l'humain à l'ère numérique.
Cette première journée du congrès s'est achevée par un concert de la chorale Tomás Luis de Vitoria de l'UPSA. La musique, comme l'a souligné son chef de chœur, Francisco J. Udaondo Puerto, favorise toujours des expériences qui humanisent et créent la communion.
Point de rencontre
Le deuxième jour, Aránzazu Aguado a présenté un cadre pédagogique très large et riche en références, en dialogue avec la proposition de Pedro Poveda. Elle a cité différentes expériences éducatives qui favorisent l’« épanouissement » humain. Elle a suggéré que la communication pouvait être le « point de rencontre solide » entre la recherche d'humanisation et la réalité numérique. Elle s’est arrêtée à un texte de Pedro Poveda en 1932 : « Je vous demande un nouveau système, une nouvelle méthode, des procédures aussi nouvelles qu'anciennes, inspirées par l'amour » et a invité à partir de là à abandonner la routine dans l’éducation, à avoir une volonté explicite d'humaniser et de soutenir la diversité des apprenants, « d'embrasser l'espoir et l'amour ».
En complément, de jeunes éducateurs de République dominicaine, de Guinée, des Philippines et d'Espagne, en contact avec la pédagogie de Poveda, ont répondu en vidéo à deux questions soulevées par la conférencière.

Vocation d'éducateur
La table ronde « L'éducateur face aux nouvelles réalités », modérée par Raquel Osorno, réunissait Luis Sierra, enseignant à l'école Castroverde de l’IT à Santander ; Enrique Revilla, enseignant au centre Isabel Flores de Oliva et à l'université de Lima (Pérou), en visio ; et Marta de los Ríos, jeune enseignante du centre scolaire IT de Cordoue (Espagne) impliquée dans le projet « Jóvenes por la educación » (Jeunes pour l'éducation). Ils ont présenté des éléments clés de la vocation éducative, comment renforcer l'engagement quotidien, l'impact des TIC sur l'enseignement et l'enseignant, comment prendre soin de soi et garder une attitude de « formation continue ». D'autres réflexions ont porté sur les « structures de soutien » permettant de prendre soin de soi en tant qu'enseignant et de rester en forme et avec un « regard ajusté » dans une réalité complexe qui peut surcharger et mettre à l'épreuve les enseignants.
Perspectives
Nuria Oliver, l'une des expertes internationales de l'IA, est intervenue au congrès en visio depuis Alicante (Espagne), pour donner un aperçu du développement et de l'avenir de l'IA et de son impact sur la société et l'éducation.
Après cette intervention, Mercedes Blanchard a modéré la table ronde sur la formation des enseignants, au cours de laquelle des expériences sur l'utilisation de l'IA en classe ont été présentées.
Très pratique et avec des exemples d'utilisation concrète de l'IA, la quatrième intervention, « Défis et opportunités de l'apprentissage émergent : technologies pour une école inclusive à l'ère numérique » a été donnée par Rosario Fernández, ingénieure et experte en numérisation des milieux scolaires. Elle a présenté les outils d'IA utilisés ainsi que les défis posés et la manière de les relever : améliorer la culture numérique, apprendre à détecter la manipulation de l'information, établir des normes de diversité, former des sujets éthiques conscients et critiques.

Cette présentation a été suivie de deux panels dont le premier portait sur la contribution de l'Église, où Monseigneur Renzo Pegoraro, Chancelier de l'Académie pontificale pour la vie, a présenté en visio depuis Rome les récentes contributions du magistère pontifical au débat sur l'IA. Un groupe de cinq jeunes coordonné par Mª Dolores Valencia a ensuite présenté des expériences éducatives liées au monde numérique. Nous soulignons le projet e-Bridge de EDIW, qui apporte un soutien à des écoliers défavorisés de différents pays grâce à un réseau de volontaires composé de jeunes européens et philippins.
Un troisième panel, modéré par le doyen de la faculté de théologie de l'UPSA, Román A. Pardo, et composé de professeurs de la même université, Alfonso J. López Rivero et Almudena Duque Sánchez, a donné, le dernier jour, des perspectives éthiques et psychologiques sur la numérisation et l'IA, avec des exemples de distorsion et en insistant sur la nécessité de superviser son utilisation, de surveiller ses effets et d'apprendre à se déconnecter.
La conférence de clôture du congrès s'est concentrée sur les clés anthropologiques de Pedro Poveda pour ouvrir des chemins d'humanisation à l'ère numérique. La théologienne Elisa Estévez López a parcouru les écrits fondamentaux du fondateur de l'Institution Thérésienne. La triade « foi, science, vertu » est essentielle, selon elle, pour comprendre son projet d'humanisation comme pour comprendre l'Incarnation.
Dans ce « voyage » du croyant, l'orientation est donnée par la Croix. Pour Poveda, l'intellectuel, l'éthique et l'esthétique se rejoignent dans le Christ crucifié. Il est une force transformatrice, une source de vérité qui ne se révèle pas dans l’accumulation des données, mais en « contemplant l'amour qui se donne, la charité qui rachète ». Le défi de l'humanisation de l'éducation à l'ère numérique met en évidence l'importance du discernement et Estévez a souligné ici la valeur que Poveda accorde à « l'examen », à la prise de conscience, à la conscience appréciative, mais aussi à la prise de distance pour gagner en liberté afin de choisir et de décider de notre manière d’utiliser l'intelligence.
Défis
La clôture du congrès a été l'occasion de présenter les défis susmentionnés, tâche et point de départ pour une réflexion plus approfondie. La publication des conférences et communications, annoncée par le comité organisateur, en facilitera la lecture intégrale et la diffusion.
Comme l'a souligné la directrice de l'Institution, Gregoria Ruiz, lors de l'ouverture du congrès, « nous partageons un défi immense et passionnant, celui de comprendre quelles sont nos capacités uniques en tant qu'êtres humains à l'ère numérique. Des capacités qui renvoient aux autres, à la transformation de la réalité dans laquelle nous vivons, pour qu'elle soit vraiment humaine, selon Dieu ».
La Chaire Pedro Poveda de l'Université pontificale de Salamanque (UPSA) est une initiative de l’IT en Espagne, créée le 28 juillet 2000. Sa représentante dans la Chaire est actuellement Mª Dolores Peralta Ortiz.
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