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L'ONGD InteRed a organisé un webinaire de sensibilisation à la réalité méconnue d'Haïti, l'un des pays où elle soutient depuis longtemps des projets, en particulier à la frontière avec la République dominicaine. InteRed y collabore avec des organisations locales, dont l’Institution Thérésienne, pour la défense des droits de la population haïtienne en République dominicaine.  

haiti mudhaPhotographie par InteRed.

La vision des experts 

Cette rencontre : « Crise et résilience : Haïti et la population haïtienne en République dominicaine », à laquelle ont participé plus de 40 personnes, s'inscrit dans la série de webinaires institutionnels organisés par InteRed. Leur objectif est de proposer une analyse d'experts sur la situation des endroits où InteRed mène ses activités.  

Comme l'a expliqué au début Ana Arancibia, directrice d'InteRed : « Ces rencontres sont devenues un espace de présentation rigoureuse de la situation réelle dans d'autres régions du monde. En tant qu'ONG, parler avec des experts nous aide beaucoup, car c'est une façon de partager tout en encourageant la réflexion et l'analyse ».  

Andrés Díaz, du département Programmes d'InteRed, a ensuite indiqué que l'organisation promue par l’Institution Thérésienne travaille en Haïti au-delà de la frontière avec la République dominicaine. Cependant, il a reconnu que la situation du pays rend cette action très compliquée. « Depuis le tremblement de terre de 2021, nous menons davantage d'actions d'urgence », a-t-il ajouté.  

Il a aussi affirmé que les médias, aussi bien en Europe que sur le continent américain, parlent très peu d'Haïti. « Les informations diffusées renforcent la vision coloniale, comme c'est le cas pour les pays africains. Il est donc important de savoir de première main à quoi ressemble la vie dans le pays ».  

haiti acuedgne1Photographie par InteRed.

Un regard réaliste 

Il a été proposé par la journaliste Colette Lespinasse, correspondante de la Coordination Europe-Haïti (CoEH), une plateforme d’ONG européennes chargée de défendre la réalité haïtienne devant l'UE. Ses premiers mots ont clairement résumé la situation du pays : « La situation en Haïti est très difficile ».  

La journaliste a brièvement rappelé l’histoire de l'île. Après trois siècles d'esclavage, le peuple haïtien a été le premier en Amérique latine et dans les Caraïbes à se libérer de l'oppression coloniale et à obtenir son indépendance de la France en 1804. Avec toutefois des conséquences négatives sur l'économie de l'île, car la France a exigé une indemnité, qui s'élevait à l'époque à quelque 30 millions de dollars. 

webinar intered haití

Pour la verser, le pays nouvellement créé a demandé des prêts à des banques françaises, générant ainsi une « double dette » qui a pesé sur Haïti pendant un siècle. « C'est ainsi que nous sommes entrés dans un cercle infernal d'endettement que nous payons encore aujourd'hui. C'est ce que certains historiens ont défini comme le « colonialisme de la dette » et ses cicatrices sont encore vives, car il a entravé le développement du pays », explique Colette Lespinasse.  

Cette situation a perduré tout au long des 220 ans d'indépendance, marqués par l'ingérence étrangère (occupation militaire américaine, entre autres) et le pillage des ressources, deux constantes immuables.  

« Malgré le fait que le peuple haïtien se soit battu et ait organisé de nombreuses révoltes, nous avons aujourd'hui un gouvernement qui est contre son peuple. Il s’agit d'une élite qui n'a aucun intérêt pour la nation et qui est en faveur des voleurs capitalistes », a poursuivi l'experte. 

Groupes armés et mouvements migratoires  

Colette Lespinasse a aussi fait allusion aux groupes armés qui ont aggravé la crise, en exacerbant la pauvreté et les problèmes économiques. « Ce sont des enfants et des adolescents abandonnés et déscolarisés. Ils contrôlent actuellement plus de 85% de la capitale, kidnappent, violent, assassinent... en toute impunité ». 

Les conséquences sont innombrables : 800 000 déplacés ; près de six millions de personnes en situation d'insécurité alimentaire ; 1 000 écoles fermées ; plus de 200 000 élèves non scolarisés ; des violences récurrentes contre les enfants et les femmes.   

La campagne ou les provinces servent de refuge, mais les ressources sont rares car les voies d'accès sont bloquées. De ce fait, de nombreuses personnes quittent le pays, mais en même temps, les expulsions sont importantes. Selon les derniers chiffres, la République dominicaine a expulsé 10 000 personnes par semaine depuis octobre 2024.  

En plus de tout cela, il y a en République dominicaine un grand nombre d'apatrides d'origine haïtienne, qui n’obtiennent pas la nationalité dominicaine. C'est d'ailleurs l'origine du Mouvement des femmes dominico-haïtiennes (MUDHA), dont l'objectif est de promouvoir la qualité de vie dans les zones (« bateyes ») aux conditions précaires traditionnellement occupées par les migrants haïtiens.  

La population haïtienne en République dominicaine est actuellement confrontée à une grave violation de ses droits de citoyenneté dans un contexte de forte discrimination raciale et de xénophobie. Edwin Paraison, fondateur et directeur général de la Fondation Zile, spécialisée dans les relations dominico-haïtiennes, devait s'exprimer sur cette question lors du webinaire, mais il n'a finalement pas pu le faire en raison de problèmes de santé.  Colette Lespinasse y a suppléé par cette brève présentation.  

haiti mudha casa acogidaPhotographie par InteRed.

Femmes et enfants

Lors de l’échange, elle a répondu à des questions relatives à la migration et à la vie des enfants et des femmes dans cet environnement. En ce qui concerne les enfants, elle a souligné que la situation est très grave, car beaucoup d'entre eux ne peuvent pas jouer ou aller à l'école, et de nombreuses filles deviennent des esclaves sexuelles. 

Quant aux femmes, elles sont le pivot des familles, puisque près de 40 % d'entre elles sont des familles monoparentales, une mère avec ses enfants. « Ce sont elles qui s'occupent de la nourriture, de l'éducation... La plupart d'entre elles ont dû fuir avec leur bébé dans les bras. Elles doivent faire preuve d'imagination pour survivre. Pour moi, les femmes haïtiennes sont des héroïnes ».  

Grâce à la présentation de la journaliste et au dialogue qui a suivi, il est apparu clairement que Haïti est confronté à une grave crise politique, économique et sociale. La violence, l'insécurité alimentaire et l’absence de services de base affectent la majorité de la population. Haïti se classe actuellement au 158e rang de l'indice de développement humain du PNUD, ce qui en fait le seul pays d'Amérique latine et des Caraïbes à se situer dans la catégorie des pays à faible développement humain. 

  Elle a souligné en conclusion que les organisations non gouvernementales fonctionnent mieux en dehors de la capitale, Port-au-Prince, où les gens ne peuvent pas se rassembler ou manifester. « Des organisations comme InteRed peuvent jouer un rôle très important, en particulier dans le domaine de l'éducation, car les besoins sont très nombreux et il est possible d'aider les jeunes en leur offrant une formation professionnelle, un soutien émotionnel... Nous avons de l'espoir et nous pensons que 2025 sera meilleur ». 

Pour devenir membre d’InteRed, cliquer ici  

 

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